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Monter une interview avec l'IA : j'ai testé Claude sur Premiere Pro

22 minutes de rushs, une interview d'agriculteur à dégraisser, et une question : est-ce que Claude peut vraiment faire le montage à ma place dans Premiere Pro ? Compte rendu d'un test réel, avec mes consignes, mes ratés et le vrai gain de temps.

Grégory Pairoteau14 min de lecture

Je monte des interviews depuis des années, et c'est le type de sujet qui mange le plus de temps. Pas le montage en lui-même, la préparation : réécouter 22 minutes de rushs, repérer les bons passages, noter les timecodes, écarter les redites, tenir la cohérence du propos. Sur une interview d'agriculteur tournée pour une marque d'engins agricoles, ce travail de dérush me prend facilement 4 heures avant même de poser le premier plan sur la timeline.

Depuis que le connecteur Adobe for creativity permet de relier Claude à la suite Adobe, une question me trotte dans la tête : est-ce qu'une IA peut absorber cette partie ingrate et me sortir une V1 exploitable ? J'ai pris une vraie interview, un vrai projet Premiere Pro, et j'ai testé. Voici ce qui marche, ce qui coince, et le workflow que j'utilise aujourd'hui. Si vous cherchez d'abord à comprendre ce que fait le connecteur côté photo et design, on l'a détaillé dans notre guide du connecteur Adobe for creativity. Ici, on parle uniquement de vidéo.

Le cas d'usage : dégraisser une interview d'agriculteur

L'interview dure 22 minutes. L'agriculteur parle de son métier, de son utilisation des télescopiques Merlo, de sa ferme en chiffres, du SAV, de l'automatisation. Mon objectif : en tirer un montage de 3 à 4 minutes qui garde les passages les plus parlants, sans que je passe une demi-journée à éplucher la transcription.

J'ai choisi ce cas parce que c'est le plus représentatif de ce qui me coûte du temps au quotidien. Un dérush d'interview, c'est de l'analyse de texte parlé avant d'être du montage. Et l'analyse de texte, c'est exactement le terrain où une IA comme Claude est bonne. Si le gain se confirme là, il se confirme sur une grosse partie de mon travail.

Préparer le projet Premiere : deux réglages à activer dès l'import

Avant de solliciter Claude, il faut que Premiere fasse son travail de préparation. Deux options sont à activer au moment de l'import des médias :

  • La transcription automatique. C'est elle qui va permettre à Claude d'analyser les dialogues des rushs. Sans transcription, il n'a rien à lire.
  • L'analyse des médias. Elle prépare une analyse visuelle et sonore des rushs importés, utile ensuite pour retrouver des plans selon des critères.

Panneau d'import de Premiere Pro, options Transcription automatique et Analyse des médias activées Transcription automatique en français et analyse des médias activées dès l'import. C'est le socle de tout le reste.

J'importe ensuite tous mes rushs, interview et plans de coupe, et je crée deux séquences : une pour les plans d'interview, une pour les plans d'illustration. On travaille les deux séparément.

Étape 1 : laisser Claude dérusher l'interview

Claude peut fonctionner avec des compétences (des skills, de petits programmes ajoutés à l'assistant), et on trouve des compétences déjà créées par d'autres utilisateurs. En cherchant sur Google, je suis tombé sur une compétence taillée exactement pour mon besoin : Claude Soundbite Editor. Elle part de la transcription exportée en JSON, analyse les paroles et propose des montages.

Exporter la transcription au format JSON

La compétence a besoin de la transcription de la séquence interview en JSON. Je l'exporte donc depuis Premiere.

Export de la transcription de la séquence interview au format JSON depuis Premiere Pro La transcription générée par Premiere, exportée en JSON. C'est ce fichier que Claude va lire, mot à mot.

Installer la compétence dans Claude

J'ouvre Claude, onglet Personnaliser, puis Compétences. Le bouton Ajouter propose Téléverser une compétence : je sélectionne le fichier .skill récupéré.

Ajout de la compétence Soundbite Editor dans Claude via Personnaliser puis Téléverser une compétence Téléverser une compétence .skill. Si vous n'avez jamais installé de skill, notre tutoriel Claude Code explique la logique.

Une fois la compétence importée, je clique sur les trois points et je choisis Essayer dans le chat.

Lancement de la compétence Soundbite Editor dans une conversation Claude Essayer la compétence directement dans une conversation.

Dialoguer pour choisir les passages

Je glisse la transcription JSON dans le chat, j'appuie sur entrée, et je réponds aux questions de Claude. La plus importante : qu'est-ce qu'on cherche dans le script ? Il me fait cinq propositions sur cinq thèmes. Je lui demande d'en garder quatre :

un résumé de sa passion du métier, son utilisation et son avis sur les télescopiques Merlo, la ferme en chiffres et l'automatisation

Claude me renvoie un montage en points d'entrée et de sortie (in/out) avec la transcription de ce qui est conservé. Il va plus loin que la simple sélection : il propose de raccourcir un passage clé pour plus de punch, me demande si je veux réintégrer des morceaux écartés, et me signale même de vérifier que c'est bien la même personne sur le plan 15. Je lui demande d'ajouter les passages sur le SAV Merlo.

Claude propose une sélection de passages de l'interview et l'affine à la demande, ajout des passages SAV Merlo Claude ne se contente pas de couper. Il argumente ses choix et propose des ajustements de rythme.

Je réponds aux dernières questions pour affiner. Je lui demande d'inverser deux plans pour finir sur la polyvalence plutôt que sur le SAV.

Claude ajuste l'ordre des extraits et récapitule le montage final, 20 soundbites pour 3 min 37 Résultat : 20 extraits, 3 min 37. Il me demande de valider avant de générer le XML.

Importer le XML dans Premiere, et le piège des sources multiples

Le XML créé, je l'importe dans Premiere. Premier raté : le montage renvoie vers des fichiers hors ligne. La raison est simple, je n'avais pas précisé à Claude que la transcription venait de plusieurs sources vidéo. Je le lui écris. Il me répond, à juste titre, que son XML est faux et qu'il lui faut la liste des vidéos utilisées.

Je lui donne le nom des fichiers vidéo, leur durée, et leur ordre dans le montage. Claude régénère alors deux XML, en m'indiquant de copier les rushs du XML 2 à la fin du XML 1. Je vérifie le montage.

On passe de 22 minutes de rushs à un montage de 3 min 40, en 1 heure de travail au lieu de 4. La leçon est nette : l'IA fait le gros du tri, mais elle ne devine pas votre arborescence de rushs. Il faut lui donner le contexte technique dès le départ, sinon on perd le temps gagné à réparer des XML.

Étape 2 : trier les plans de coupe, là où le connecteur montre ses limites

Passons aux plans d'illustration. Je voulais une sélection des plans où l'on voit l'engin agricole. J'ai d'abord tenté de m'appuyer sur l'outil d'analyse visuelle de Premiere, la recherche intelligente. Je glisse le projet Premiere dans Claude, j'indique le dossier des rushs de base, je vérifie que le connecteur Adobe for creativity est bien actif, et je demande :

dans la séquence plan_coupe du projet premiere test peux-tu utiliser l'outil de premiere recherche intelligente pour extraire les extraits vidéos contenant les plans vidéos des engins agricoles de couleur vert et les intégrer dans une nouvelle séquence intitulée plan Engin Merlo et l'exporter en xml

La réponse de Claude est sans ambiguïté, et c'est le point central de tout ce test :

Je n'ai pas d'outil permettant de piloter directement une application Premiere Pro ouverte sur votre machine. Les outils Adobe dont je dispose ici agissent sur des assets Creative Cloud, pas sur un projet Premiere Pro local en cours d'édition.

Autrement dit, le connecteur ne met pas la main dans votre timeline. Je lui donne donc un accès direct aux vidéos brutes pour qu'il les analyse lui-même. Il demande beaucoup d'autorisations, ce qui est normal vu ce que ça implique.

Dans Claude Code, la compétence rappelle qu'elle n'analyse pas l'image, puis Claude passe à une analyse directe des rushs La compétence Soundbite Editor ne lit que du texte. Pour l'image, Claude bascule sur une analyse directe des rushs, via Claude Code.

Comme Claude ne peut pas analyser nativement la vidéo image par image, il se débrouille autrement. Il a analysé le fichier projet en autosave, confirmé la structure de la séquence (15 plans bruts non recoupés, 12 caméra A7 et 3 drone, environ 38 minutes de rushs en 3840x2160 à 50 fps), puis fait l'analyse visuelle lui-même : extraction d'images échantillonnées toutes les 3 secondes sur chaque plan, assemblées en planches-contact qu'il inspecte pour repérer les engins verts.

Le résultat tient la route : un XML contenant tous les plans avec l'engin vert, soit 12 minutes de vidéo, prêtes à trier pour garder les plus belles images. Claude a mis 30 minutes là où j'en aurais mis 2 heures. Mais notez bien : ce gain n'a rien à voir avec le connecteur Adobe. Il vient d'un accès aux fichiers bruts et d'un contournement, pas d'un pilotage de Premiere.

Étape 3 : générer un étalonnage sur mesure

Dernier essai, la couleur. Je voulais un étalonnage cohérent pour le plan d'interview. J'extrais une image JPEG de l'interview depuis Premiere, je la glisse dans le chat Claude, et je demande un fichier .cube, le format standard des LUT :

peux tu créer un fichier .cube pour obtenir une colorimétrie douce, mat, élégante, interview

Une image extraite de l'interview glissée dans Claude, avec la demande d'un fichier .cube pour une colorimétrie douce et mate Je pars d'une vraie image du tournage pour que la LUT colle à ma lumière, pas à un preset générique.

Je récupère le fichier .cube et je l'importe dans l'effet Couleur Lumetri de Premiere, section Créatif.

Import du fichier .cube généré par Claude dans l'effet Couleur Lumetri de Premiere Pro, appliqué au plan d'interview La LUT « Soft_Matte_Elegant_Interview » appliquée au plan de l'agriculteur devant son Merlo. Base de départ, pas étalonnage final.

Une fois mes plans de coupe posés sur l'interview, j'exporte le tout depuis Premiere, normalement. Pour le sous-titrage, en revanche, je reste dans Premiere directement : c'est plus simple que de faire l'aller-retour par Claude.

Ce que le connecteur Adobe fait, et ne fait pas, pour la vidéo

Voilà le verdict honnête après ce test. Le connecteur Adobe for creativity ne contrôle pas Premiere directement. Pour du montage vidéo, en l'état, il n'est pas très utile : il n'ouvre pas et n'utilise pas Premiere pour vous. Ce qu'il sait faire, c'est intervenir sur une vidéo déjà exportée, via les outils Adobe disponibles en ligne.

Pour vraiment exploiter Claude sur du montage Premiere, le workflow qui marche ne passe pas par le connecteur. Il repose sur deux choses : la transcription générée par Premiere, et un accès de Claude aux vidéos brutes stockées en local, pour qu'il génère des XML de montage à partir de ce qu'on lui demande. Le connecteur, lui, reste sur la touche.

Formation intra L'IA au service de la vidéo

Le vrai gain n'est pas dans l'outil, il est dans la méthode de travail.

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Mes consignes réutilisables, avec le contexte

Une bonne consigne ne vaut rien sans le contexte dans lequel elle marche. Voici celles que j'ai validées sur ce montage, et ce à quoi il faut faire attention avec chacune.

  • « un résumé de sa passion du métier, son avis sur les télescopiques Merlo, la ferme en chiffres et l'automatisation » — pour orienter le dérush par thèmes. Marche bien quand vous savez déjà quels angles vous voulez. À surveiller : Claude propose souvent un thème de plus que nécessaire, tranchez.
  • « rajouter les parties concernant le SAV Merlo » — pour enrichir un premier montage. Formulez un thème à la fois, c'est plus propre qu'une longue liste d'un coup.
  • « inverser deux plans pour finir sur la polyvalence » — pour le rythme et la chute. Claude gère très bien l'ordre narratif tant que vous lui dites sur quelle idée finir.
  • « la transcription provient de différentes vidéos, voici les fichiers, leurs durées et leur ordre » — la consigne qui évite les fichiers hors ligne. À donner avant la première génération de XML, pas après.
  • « analyse les rushs de ce dossier et sors les plans où apparaît un engin agricole vert » — pour le tri visuel. À réserver à Claude Code avec accès aux fichiers bruts. Le connecteur Adobe ne le fera pas.
  • « crée un fichier .cube pour une colorimétrie douce, mate, élégante, interview » — à partir d'une image extraite du tournage. Traitez le résultat comme une base d'étalonnage, pas comme un rendu final.

C'est un échantillon de ce qu'on travaille en formation dans le module « bibliothèque de consignes » : des prompts testés, rangés par cas d'usage, avec leurs limites.

À qui ça sert aujourd'hui, à qui ça ne sert pas encore

Ça sert clairement aux monteurs qui traitent beaucoup d'interviews ou de contenus parlés. Le dérush assisté par la transcription fait gagner un temps réel, et la V1 est exploitable. Ça sert aussi à qui sait déjà cadrer une demande : donner le contexte technique, corriger, itérer.

Ça ne sert pas encore à qui attend que l'IA pilote Premiere toute seule. On n'y est pas. Il faut préparer les fichiers, gérer les allers-retours de XML, et reprendre la main pour la finition, le sous-titrage et l'étalonnage fin. Si vous cherchez à structurer tout ça proprement dans votre équipe, c'est le cœur de notre formation Premiere Pro et de la formation L'IA au service de la vidéo.

Et après : les plugins qui, eux, pilotent Premiere

Le connecteur d'Adobe accuse un peu de retard sur certains concurrents. Il existe des connecteurs et plugins tiers, non signés Adobe, qui relient Claude et Premiere de façon plus directe : Eleven Percent, PremiereCopilot, Transcript Studio. Ils permettent de sélectionner des plans directement dans Premiere, de générer des sous-titres dynamiques, d'améliorer le son et la couleur. Je les teste en ce moment, ça fera l'objet d'un prochain article.

Pour aller plus loin

FAQ : monter une vidéo avec Claude et Premiere Pro

Le connecteur Adobe for creativity peut-il monter une vidéo dans Premiere Pro ?+

Non, pas directement. Le connecteur agit sur des assets Creative Cloud et des outils Adobe en ligne, pas sur un projet Premiere Pro ouvert sur votre machine. Il ne pilote pas la timeline et ne contrôle pas le logiciel desktop. Pour un montage, il faut passer par la transcription et par un accès de Claude aux fichiers vidéo bruts.

Comment Claude peut-il dérusher une interview alors qu'il ne voit pas la vidéo ? +

Il ne lit pas l'image, il lit la transcription. On exporte la transcription de la séquence au format JSON depuis Premiere, puis une compétence comme Soundbite Editor analyse le texte parlé pour proposer une sélection de passages avec leurs points d'entrée et de sortie, exportables en XML importable dans Premiere.

Combien de temps fait-on gagner réellement ?+

Sur ce test, le dérush d'une interview de 22 minutes est passé d'environ 4 heures à 1 heure, pour un montage final de 3 min 40. Le tri des plans de coupe (repérer les plans avec l'engin agricole) est passé de 2 heures à 30 minutes. Le gain dépend beaucoup de la qualité du contexte donné à Claude au départ.

Pourquoi mon montage renvoie-t-il vers des fichiers hors ligne dans Premiere ?+

Parce que le XML généré ne connaît pas vos sources. Si la transcription vient de plusieurs fichiers vidéo, il faut le préciser à Claude et lui donner le nom des fichiers, leur durée et leur ordre, avant la génération. Sinon les liens médias sont faux et Premiere affiche des plans hors ligne.

Faut-il un abonnement Adobe pour ce workflow ?+

Il faut Premiere Pro pour la transcription, l'import du XML, l'étalonnage et l'export. Côté IA, un compte Claude suffit pour le dérush et la génération de LUT. Le connecteur Adobe for creativity n'est pas indispensable ici, puisque le workflow qui fonctionne ne s'appuie pas sur lui.

Grégory Pairoteau

Auteur

Grégory Pairoteau

Formateur certifié Adobe et expert motion design chez Mill-Forma

Formateur certifié Adobe (Adobe Certified Instructor), Grégory Pairoteau conçoit et anime les formations montage vidéo et motion design de Mill-Forma. Expert de la postproduction Adobe, de Premiere Pro à After Effects, il teste au quotidien l'apport des outils IA dans une chaîne de production réelle, du dérush à l'étalonnage.